Aspergillus : quelles stratégies pour prévenir le risque fongique ?

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Aspergillus est une moisissure très répandue, dont les spores se dispersent facilement dans l’environnement. Elle soulève des enjeux différents selon les secteurs : risque d’aspergillose chez les patients vulnérables à l’hôpital, contamination critique des produits dans le secteur pharmaceutique, ou encore altération des denrées et production de mycotoxines dans l’agroalimentaire.

 

Comment prévenir la contamination des environnements sensibles par Aspergillus ? La prévention repose sur plusieurs leviers complémentaires : agir sur les sources, maîtriser la dispersion et l’air, nettoyer et désinfecter les surfaces.

Aspergillus : des moisissures omniprésentes

Aspergillus est un vaste genre de champignons microscopiques filamenteux qui comprend environ 450 espèces connues. Ces moisissures sont présentes dans des milieux très variés : sols, air, milieux aquatiques ou encore organismes vivants. Elles peuvent aussi coloniser les surfaces et les matériaux des environnements bâtis, lorsque les conditions lui sont favorables.

 

Beaucoup se nourrissent de matières organiques mortes et participent à leur décomposition. D’autres vivent dans les tissus végétaux sans provoquer de maladie, tandis que certaines peuvent coloniser et altérer les cultures. Quelques espèces sont également capables d’infecter l’être humain ou l’animal. On parle alors de pathogènes opportunistes, car elles provoquent surtout des infections lorsque les défenses de l’hôte sont fragilisées.

 

Certaines espèces présentent au contraire des propriétés exploitées par l’être humain. A. oryzae est par exemple utilisé pour produire des aliments fermentés et des enzymes, tandis qu’A. terreus peut servir à produire la lovastatine, une molécule utilisée dans certains médicaments hypocholestérolémiants.

 

Les enjeux varient fortement selon les espèces et les secteurs. A. fumigatus est la principale espèce responsable d’aspergilloses humaines. En matière de sécurité alimentaire, A. flavus et A. parasiticus sont particulièrement surveillés. Dans le secteur pharmaceutique, A. penicillioides figure parmi les espèces fréquemment identifiées.

Des spores capables d’étendre la contamination bien au-delà du foyer initial

Pour se multiplier et se disperser, les Aspergillus produisent en très grand nombre des conidies, de petites spores légères et facilement transportées dans l’air. Elles peuvent ainsi pénétrer dans les bâtiments avec les flux d’air et les poussières, puis se déposer sur les surfaces.

 

Une spore déposée sur une surface ne forme pas automatiquement une nouvelle moisissure. Pour germer et se développer, elle doit trouver des conditions favorables, notamment de l’humidité et des nutriments. Les infiltrations d’eau, les matériaux humides ou dégradés, peuvent favoriser la croissance des moisissures et constituer de nouveaux réservoirs de spores.

 

Par ailleurs, les travaux de construction, de rénovation ou de démolition peuvent libérer dans l’air des spores présentes dans les matériaux, favorisant leur mise en suspension et leur dispersion. En déplaçant d’importantes quantités de poussières, ils peuvent contribuer à contaminer l’environnement bien au-delà du foyer initial.

 

Cette capacité de dispersion se traduit par une présence parfois très étendue dans l’environnement. Une étude menée en 2025 dans trois hôpitaux espagnols a ainsi retrouvé Aspergillus dans presque toutes les zones étudiées, aussi bien dans l’air que sur de nombreuses surfaces.

Aspergillus en établissement de santé

Nous inhalons régulièrement des spores d’Aspergillus sans développer d’infection. L’aspergillose n’est pas contagieuse : la contamination se fait principalement par inhalation de spores présentes dans l’environnement. Chez une personne en bonne santé, les défenses respiratoires et immunitaires les éliminent généralement avant qu’elles ne puissent se développer.

Selon le terrain du patient, Aspergillus peut provoquer des maladies très différentes : formes allergiques, aspergilloses pulmonaires chroniques ou aspergilloses invasives, beaucoup plus sévères. A. fumigatus est l’espèce la plus fréquemment impliquée en pathologie humaine. Ses conidies, qui ne mesurent que 2 à 5 µm, peuvent atteindre les alvéoles pulmonaires après inhalation.

 

Les aspergilloses invasives concernent en premier lieu les patients dont les défenses immunitaires sont fortement altérées. Lorsque les spores ne sont plus éliminées, elles peuvent germer dans les poumons, envahir les tissus, et même atteindre d’autres organes.

 

Des épisodes d’aspergillose associée aux soins ont par ailleurs été décrits en hématologie, transplantation, chirurgie cardiaque, néonatologie et réanimation.

Aspergillus et secteur pharmaceutique

Dans l’industrie pharmaceutique, Aspergillus représente un risque de contamination microbiologique des produits et de leur environnement de fabrication. Des moisissures ont ainsi été retrouvées dans des salles propres, chambres froides et autres zones contrôlées.

 

Une analyse publiée en 2026 portant sur 21 ans de rapports d’application de la FDA, de 2004 à 2025, identifie Aspergillus comme le principal genre de moisissures associé aux événements de contamination recensés, et plus spécifiquement A. penicillioides.

 

Au-delà de la non-conformité, de l’altération du produit et du rappel de lots, les conséquences sanitaires de ces contaminations fongiques peuvent être sévères. Leur gravité dépend notamment du type de produit contaminé et de sa voie d’administration. Pour un médicament injectable ou destiné à un site normalement stérile, la contamination peut introduire directement le champignon dans l’organisme, contournant les barrières cutanées ou les muqueuses. Des contaminations fongiques de médicaments et de dispositifs médicaux ont ainsi été associées à des mycoses invasives, des méningites, des kératites, ou encore des endophtalmies.

Aspergillus en agroalimentaire : altération des denrées et mycotoxines

En agroalimentaire, le risque lié à Aspergillus concerne avant tout la contamination des matières premières et des denrées. Les spores, dispersées notamment par l’air et l’eau, peuvent contaminer les végétaux avant la récolte puis se développer au cours du stockage lorsque les conditions sont favorables (notamment chaleur et humidité).

Au-delà de l’altération des aliments et des pertes de lots, certaines espèces d’Aspergillus peuvent aussi présenter un risque sanitaire en produisant des mycotoxines. C’est notamment le cas d’A. flavus et d’A. parasiticus, principales espèces productrices d’aflatoxines dans les denrées alimentaires. Les céréales, les arachides, les pistaches, les autres fruits à coque, les fruits secs et certaines épices figurent parmi les aliments les plus exposés à ce type de contamination.

 

Parmi ces toxines, l’aflatoxine B1 (AFB1) est particulièrement préoccupante : elle est génotoxique, c’est-à-dire capable d’endommager l’ADN, et les aflatoxines sont classées cancérogènes pour l’être humain par le CIRC.

 

Une fois produites, les aflatoxines sont relativement stables et résistent en partie au stockage, aux milieux acides et à certains traitements thermiques. D’où l’importance d’agir en amont, avant leur formation, en prévenant le développement des moisissures dans l’environnement de production.

Aspergillus : une maîtrise du risque à plusieurs niveaux

Identifier et supprimer les réservoirs

La première mesure consiste à empêcher la moisissure de se développer et de produire de nouvelles spores. Infiltrations, fuites, condensation ou matériaux durablement humides doivent être recherchés et corrigés. Le CDC recommande ainsi d’inspecter non seulement les traces visibles de moisissures, mais aussi les dégâts des eaux, les faux plafonds, parois, structures et autres matériaux susceptibles d’être colonisés ; les matériaux mouillés qui ne peuvent pas être séchés rapidement doivent être retirés.

 

Cette maîtrise concerne également les systèmes de ventilation : état des filtres, gaines, grilles, condensats, humidité et circulation de l’air font partie des points à contrôler.

Travaux : éviter de transformer un réservoir en nuage de spores

Les travaux constituent une situation particulièrement critique parce qu’ils peuvent mettre brutalement en suspension les spores présentes dans les poussières et les matériaux. L’objectif n’est donc pas seulement de nettoyer après le chantier, mais de contenir les bioaérosols dès leur production.

 

Le guide SF2H recommande notamment de séparer physiquement la zone de travaux des secteurs occupés, de la maintenir en dépression lorsque le niveau de risque le justifie, d’utiliser une extraction avec filtration à très haute efficacité et de limiter au maximum la production et la circulation des poussières.

Nettoyer puis désinfecter les surfaces

Les spores qui échappent aux premières mesures de prévention finissent par se déposer sur les surfaces. Leur élimination repose alors sur deux étapes complémentaires : le nettoyage, pour retirer les poussières et les souillures, puis la désinfection. Dans les zones à risque, la SF2H recommande ainsi un bionettoyage fréquent avec un produit fongicide dont l’activité sur Aspergillus est démontrée. Une efficacité bactéricide ou levuricide ne permet pas, à elle seule, de garantir l’efficacité sur cette moisissure.

Cette précaution est d’autant plus importante que les conidies d’Aspergillus peuvent être particulièrement difficiles à inactiver. Leur sensibilité varie selon l’espèce et la souche, mais aussi selon le désinfectant utilisé, sa concentration, le temps de contact ou encore les conditions dans lesquelles les spores se sont développées.

Enfin, toutes les surfaces ne sont pas accessibles au nettoyage manuel. Le CDC recommande d’identifier les surfaces difficiles à atteindre et de prévoir une stratégie spécifique pour celles-ci.

 

Dans un environnement où les spores ont pu se disperser largement, la qualité du traitement dépend donc à la fois de son efficacité microbiologique et de sa capacité à couvrir réellement les surfaces concernées.

 

C’est à ce dernier niveau que deux approches complémentaires entrent en jeu : le bionettoyage vapeur, qui associe action mécanique et désinfection thermique au contact des surfaces, et la DSVA, désinfection automatisée des surfaces par voie aérienne.

Vapeur et DSVA : deux approches complémentaires dans la prévention du risque Aspergillus

La vapeur : une efficacité fongicide évaluée sur Aspergillus

Les dispositifs professionnels de désinfection par la vapeur projettent sur les surfaces une vapeur d’eau produite à haute température et sous pression.

La norme NF T72-110 encadre l’évaluation des procédés de désinfection des surfaces par la vapeur. Elle teste le dispositif dans ses conditions d’utilisation, en considérant l’ensemble formé par l’appareil, ses accessoires et les modalités d’application.

 

Pour démontrer une activité fongicide, le procédé est notamment éprouvé sur Aspergillus brasiliensis. Il doit permettre une réduction d’au moins 4 log, soit 99,99 % de la population viable dans les conditions de l’essai. La conformité à la norme apporte donc une preuve spécifique d’efficacité sur une moisissure du genre Aspergillus.

Les dispositifs Sanivap d’Oxy’Pharm sont certifiés conformes à la norme NF T72-110. Ils associent l’action de la vapeur à une action mécanique sur les surfaces. Produite à 155 °C dans la chaudière sous 5,5 bars, la vapeur atteint environ 97°C en sortie d’accessoire. Cette combinaison permet d’assurer nettoyage et désinfection au cours d’un même passage. Leur efficacité antimicrobienne a été démontrée sur les bactéries, les levures, les moisissures, les virus et les spores.

 

Différents accessoires (microfibres, brosses, buses, embouts sanitaires ou cloches pour siphons) permettent d’adapter le traitement à la nature des surfaces et aux zones à atteindre.

La DSVA : une désinfection automatisée de l’ensemble des surfaces exposées

La désinfection automatisée des surfaces par voie aérienne (DSVA) associe un diffuseur à un biocide, souvent à base de peroxyde d’hydrogène. Transformé en un brouillard sec de microgouttelettes, le produit est diffusé dans le volume du local puis se dépose sur les surfaces exposées, y compris dans certaines zones difficiles à atteindre manuellement, comme les recoins ou les dessous de mobilier. La désinfection peut ainsi être réalisée de manière automatisée et homogène.

La NF EN 17272+A1:2026 encadre l’évaluation du procédé dans son ensemble, c’est-à-dire du couple diffuseur-produit. Pour revendiquer une activité fongicide, celui-ci doit notamment démontrer son efficacité sur Aspergillus brasiliensis, avec une réduction minimale de 4 log.

 

Le système Nocotech d’Oxy’Pharm repose sur ce principe. Il associe un diffuseur (Nocospray ou Nocomax) à un désinfectant de la gamme Nocolyse, à base de peroxyde d’hydrogène. Le couple appareil-produit est conforme à la norme EN 17272. Il a démontré une large activité antimicrobienne, avec des effets bactéricides, fongicides, virucides et sporicides.

 

Le produit est diffusé sous forme d’un brouillard sec de microgouttelettes d’environ 5 µm, selon un programme adapté au volume du local. Une fois le cycle lancé, la diffusion et l’arrêt sont automatisés et aucun rinçage n’est nécessaire.

 

Cette technologie intervient en complément du bionettoyage préalable. Elle ne désinfecte pas l’air lui-même : l’air sert de vecteur pour répartir le désinfectant sur les surfaces.

 

Dans le secteur agroalimentaire, cette approche est déclinée avec Nocolyse Food, destiné à la désinfection des surfaces des environnements de production alimentaire.

 

Selon les secteurs, Aspergillus expose à des risques différents, mais sa maîtrise se heurte à une même double difficulté : des foyers localisés peuvent disséminer largement leurs spores, et celles-ci peuvent être moins sensibles à certains désinfectants. La prévention repose donc sur plusieurs barrières complémentaires : supprimer les réservoirs, maîtriser la dispersion et l’air, nettoyer, puis désinfecter les surfaces avec une activité fongicide démontrée.

 

Dans cette stratégie, Sanivap et Nocotech répondent à deux besoins complémentaires : la vapeur pour le bionettoyage fongicide en routine, et la DSVA pour compléter le traitement lorsque la contamination est diffuse ou les surfaces difficiles à atteindre. Une complémentarité qui s’inscrit dans l’engagement historique d’Oxy’Pharm : adapter le niveau de désinfection au risque réel, privilégier des procédés efficaces et limiter autant que possible le recours et la dispersion des produits chimiques, afin de concilier maîtrise microbiologique, santé et impact environnemental.

Sources principales :

  • Olivia L. Riedling, Kyle T. David, Antonis Rokas, Global patterns of diversity and distribution in Aspergillus fungi are driven by human and environmental influences, Current Biology, Volume 35, Issue 18, 2025, Pages 4453-4466.

 

 

  • Jimenez L. Microbial Landscape of Pharmaceutical Failures: A 21-Year Review of FDA Enforcement Reports. BioTech (Basel). 2026 Jan 18;15(1):8.

 

 

  • Ahmed MAEE, Abbas HS, Kotakonda M. Fungal Diseases Caused by Serious Contamination of Pharmaceuticals and Medical Devices, and Rapid Fungal Detection Using Nano-Diagnostic Tools: A Critical Review. Curr Microbiol. 2023 Nov 17;81(1):10.

 

  • Bamber, D. Haiduven, D.W. Denning, Survey of current national and international guidance to reduce risk of aspergillosis in hospitals, Journal of Hospital Infection, Volume 159, 2025, Pages 124-139.

 

 

 

  • CDC, National Center for Emerging and Zoonotic Infectious Diseases (U.S.), Targeted Environmental Investigation Checklist for Outbreaks of Invasive Infections Caused by Environmental Fungi (e.g., Aspergillus, Mucormycetes), 4 février 2020. Disponible sur : https://stacks.cdc.gov/view/cdc/106059

 

  • García-Gutiérrez, L.; Mellado, E.; Martin-Sanchez, P.M. An Integrated Analysis Approach to Unravel the Aspergillus Community in the Hospital Environment. J. Fungi 2025, 11, 626.

 

  • NF T72-110 Procédés de désinfection des surfaces par la vapeur avec ou sans contact – Détermination de l’activité bactéricide, fongicide, levuricide, sporicide et virucide incluant les bactériophages